« Radio Magazine » – 30 avril 1933…

08/12/2016 par Newsmeeting

A l’époque du développement de la radiodiffusion en France, un grand nombre de journaux voient le jour pour informer et fédérer les amateurs de ce nouveau média. A partir de 1922, et jusqu’à la seconde guerre mondiale, une vingtaine d’hebdos indépendants vont naître, se développer, se regrouper et disparaître. Au tout début, et jusqu’en 1930, ces hebdos vont principalement se consacrer à des problématiques techniques pour permettre à leurs lecteurs de capter les nouvelles ondes. On y apprend ainsi comment améliorer la réception ou même comment construire soi-même son récepteur.

Après 1930, les articles consacrés aux programmes se multiplient. Ces hebdos vont permettre d’informer les auditeurs sur les émissions à venir, les nouveaux postes à capter, etc. Les journaux les plus connus sont « La parole Libre-TSF », « le petit radio », «le haut-parleur », « hebdo TSF », « mon programme », « Radio Magazine », etc.

Les stations de radio ont déjà bien compris que pour développer leurs audiences, il fallait communiquer. Les principales stations lancent alors leurs propres hebdomadaires pour informer sur leurs émissions et programmes. Ainsi Radio Toulouse publie « le Radiogramme », Le Poste Parisien lance « le Bulletin de la Radio », Nice PTT propose « Radio-Sud Magazine », etc.

Au début des années 70, tous ces magazines vont disparaître et la place accordée aux programmes de radio dans la presse écrite va quasiment disparaitre. Sauf dans un hebdo survivant de cette époque qui consacre encore quelques pages à la radio. Issu du magazine appelé « Télé Radio Cinéma », il s’agit de celui qui se nomme désormais « Télérama » en contraction de son nom d’origine.

J’engage tous les passionnés de notre merveilleux média à fouiner dans les brocantes et autres vide-greniers pour y dénicher ces magazines du passé. Leur lecture est pleine d’enseignement et procurera de nombreux sourires. Je suis ainsi tombé sur le numéro 498 du dimanche 30 avril 1933 de « Radio Magazine » et quelques paragraphes ont attiré mon attention :

Dans l’édito, Clément Vautel, un des journalistes les plus populaires de l’entre-deux-guerres, écrit à propos de l’amélioration des programmes « je ne vois pas bien ce qui manque à notre bonheur. Du nouveau ? mais la radio n’en fabrique pas : elle se ravitaille au théâtre, au concert, voire au bal musette, elle est un écho, un reflet…Quand elle aura de l’argent, beaucoup d’argent, intéressera-t’elle les compositeurs ? C’est possible, mais la plupart des chers auditeurs, et même les mélomanes, préfèrent les airs qu’ils connaissent déjà. Très difficile, cette question-là ! ».

Ainsi, comme dans les panels et études actuelles, qui permettent aux programmateurs musicaux de construire les play-lists de leurs radios, les auditeurs d’aujourd’hui se comportent comme les auditeurs d’hier. Ils préfèrent les musiques qu’ils connaissent déjà ! On se plaint souvent que les mêmes chansons passent en boucle, que les programmateurs ne prennent pas de risques, mais en fait ce sont les auditeurs qui ont la vraie responsabilité finale. Lorsqu’on regarde l’audience des radios qui font un vrai effort de diversité musicale, on constate que l’audience massive n’est pas au rendez-vous. Entre l’hypocrisie des uns, la différence entre le déclaratif et le comportement des autres, comment développer sur les antennes les nouveautés musicales ? Voilà un vrai sujet d’actualité, nourri de décisions récentes sur les quotas, de déclarations des maisons de disques, d’annonces des professionnels de la radio… Bref, un sujet d’actualité qui était déjà dans l’actualité des radios naissantes, il y a 83 ans… Mon premier sourire de ce dimanche de brocante, l’histoire ne serait donc qu’un éternel recommencement… !

Un peu plus loin, on comprend mieux pourquoi nos stations actuelles diffusent autant de jingles et de liners : c’est pour pouvoir les identifier les unes par rapport aux autres : « Le Congrès général des radio-clubs vient d’adopter le vœu de la commission T.S.F. de l’Automobile Club de France, selon lequel il suffirait que les postes d’émission s’annoncent par un signal sonore quelconque (coup de gong, cloche, sonnerie, etc.) et qu’ils annoncent la ville immédiatement après ce signal. S’il existe plusieurs postes dans la même ville, ajouter le nom propre du poste. Exemple : signal Paris-Tour Eiffel ». Comme quoi, quand on répète inlassablement aux jeunes animateurs de ne pas oublie d’identifier la station, on aurait encore raison…

Et quand on se gausse dans certaines stations actuelles de proposer désormais de la « radio filmée », il est amusant de lire en page 8 de ce magazine d’avril 1933 : « Pour le dimanche 30 avril, Toulouse-Pyrénées nous offre le reportage des caves de Roquefort. Charmante intention, pour laquelle nous regrettons qu’on ne puisse disposer, sinon de la radiovision, du moins de la radioolfaction. Grand dommage pour les connaisseurs. Quant aux autres, ils se réjouiront de faire l’économie d’un masque ».

 Je vous le dis, la lecture de ces magazines du passé sur la radio est une vraie source de bonheur et même d’inspiration. Les postes émetteurs se développaient, il fallait attirer les auditeurs et les idées ne manquaient vraiment pas. Et comme aujourd’hui, parfois, on a l’impression que ce qui manque le plus, ce sont des idées et de l’imagination, voici une solution : une immersion dans le passé radiophonique permettra à chacun de trouver des sources d’inspiration pour remettre au goût du jour de bonnes vieilles recettes.

Frédéric Courtine

Laisser un commentaire